Un peu de rien.

Poésie, Désir. Plaisir.

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » - Lavoisier.

Mr Mojo Risin.

Good luck.

Le plus laid mot du monde

Des croquettes partout
Qui ne finissent pas
De mâcher des croquettes partout
Des rails qu’on voit qu’on attribue
Et quand en cadeau
On les allonge sur la peau
Les choses n’arrivent plus comme avant
Vrombissement et on se met à ramper

Les mains saignent à terre
Ronds de bol sur les joues
Soupir discréditation
Il a fallu que l’humain perde son nom
Discréditation sans suivre les bombes les balles
Il a fallu qu’il perde son titre et

qu’il dodeline ses hanches qu’il dise

ah bitch ah hooker ah pétasse


Des croquettes sur la terrasse
En hiver dans le cabanon
Des crocs enragés par des

marques de fer


On s’est marché dessus sans le savoir
La route est la plainte silencieuse

de notre envie de croquer

de mâcher
La même salade
Partout

Notre sang

Bleu
Ombragé
Des yeux substantiels
Des bleus partagés
Ombilicaux

Ces cordes de pendus
Nous assèchent les voix
Les voiles éperdues
Et la rancune de nos cris

Elles marchaient, les poules
À ne plus savoir

 

toi

christ violent

Dépeins les murs et tache les bleus

tache ce que tu veux

Recouvre tellement de tes hurlements

Des photos de jeunes filles qui chantaient

Recouvre tellement de tes hurlements

Tire le cordon

Effiloche par écho

ton pantin


—-

1er prix concours de poésie de mon Cégep - Yeah, mais je l’aime pas.

Il y avait encore de l’eau

Il voulait

Il ne voyait rien

Que des ciels

Avec ses œillères

J’hochais mes lèvres bâillonnées

 .

Des œillères entre nous  inavouées

qu’il se mettait à trouer

Juste pour faire comme si des ciels vivaient

Entre nos mains, les fils de cerfs-volants

Des cerfs courants

Écrasés

Contre des automobiles

Avec le sang giclant

Partout sur nos cils

Parce qu’on fermait les yeux

 .

Dans nos voix

J’entendais la soif

Des puissances d’honnêteté

Des mirages

Et on se disait, ensemble, qu’il y avait encore de l’eau

 .

Des cerfs dans le désert

Des cerfs noyés dans les murs

Dans le ciel, le mur de ciel

Vol de tissus échancré parure déployée

Vol qui se noyait

 .

Il les a avalé

Les fils

Entre son sourire

Décousu

Réalisme

Petite fille
Qui broie du rouge
Torrent de sang coulant sur une joue
.
Qui ne voit, ne lit, ne sent, n’entend pas son idée
Mais qui la conçoit
.
Petite fille
Mangeant de la vitre, des balles, du feu, des boucliers
Qui vole des paradis
Qui prend des claques
Qui soupire des spasmes
Des spasmes
Des spasmes dégout
.
En poussant râles après râles
Sans pouvoir serrer le sexe
De la machine qui l’emprisonne
Qui la suit
Qui la vole
son artifice
Réacteur
.
Petite fille
Sur un fil d’océan
Loin des idéaux
Et de la logique
Qui se voulait
Libératrice

Au fond du placard

L’attente a fait de moi une femme méchante

J’ai pris un verre et dure je suis devenue

Il n’y a plus rien qui me paraît doux autour

Ni des compliments, ni l’amour chaque jour

 .

La nuit m’avale complètement, sans attendre

Elle m’enlace dans ses bras et reste tendre

Je suis devenue un monstre de sang et de chair

 le soir je bois comme une bête pour me taire

 .

L’attente a fait de moi une femme amère

Je ne voyais que ce qu’il ne devait pas me plaire

Elle est plus douce l’obscurité après la lumière

Dans ce gouffre l’obscurité a rongé mon être

 .

Partout, une attente, dans mes veines, dans les tiennes

La mort de l’attente, l’impatience et la peine

Partout dans ton âme, un cri de douleur

Je t’attends encore dans la peur,

Je verrais à la bonne heure

Si c’est le bonheur

La grasse matinée

Il est terrible
le petit bruit de l’oeuf dur cassé sur un comptoir d’étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim
elle est terrible aussi la tête de l’homme
la tête de l’homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière
ce n’est pas sa tête pourtant qu’il regarde
dans la vitrine de chez Potin
il s’en fout de sa tête l’homme
il n’y pense pas
il songe
il imagine une autre tête
une tête de veau par exemple
avec une sauce de vinaigre
ou une tête de n’importe quoi qui se mange
et il remue doucement la mâchoire
doucement
et il grince des dents doucement
car le monde se paye sa tête
et il ne peut rien contre ce monde
et il compte sur ses doigts un deux trois
un deux trois
cela fait trois jours qu’il n’a pas mangé
et il a beau se répéter depuis trois jours
Ça ne peut pas durer
ça dure
trois jours
trois nuits
sans manger
et derrière ce vitres
ces pâtés ces bouteilles ces conserves
poissons morts protégés par les boîtes
boîtes protégées par les vitres
vitres protégées par les flics
flics protégés par la crainte
que de barricades pour six malheureuses sardines..
Un peu plus loin le bistrot
café-crème et croissants chauds
l’homme titube
et dans l’intérieur de sa tête
un brouillard de mots
un brouillard de mots
sardines à manger
oeuf dur café-crème
café arrosé rhum
café-crème
café-crème
café-crime arrosé sang !…
Un homme très estimé dans son quartier
a été égorgé en plein jour
l’assassin le vagabond lui a volé
deux francs
soit un café arrosé
zéro franc soixante-dix
deux tartines beurrées
et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.

Jacques Prévert

(Source : garp.feelingsurfer.net)